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Ecole inclusive : quoi de neuf à la rentrée 2021?

(j’ai pris cet article sur le site handicap.fr)


Il se réunit deux fois par an, au début de l’été et quelques semaines après la rentrée… Le comité national de suivi de l’école inclusive a eu lieu le 5 juillet 2021, en présence de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat au Handicap, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, et des associations. Cet échange a été jugé « constructif » par le ministre pour préparer la prochaine rentrée. En 2021, plus de 400 000 élèves en situation de handicap sont scolarisés, soit 20 % de plus qu’en 2017, dont 220 000 encadrés par près de 120 000 AESH (+ 46%).

Dialogue avec les familles

Trois axes majeurs sont défendus par le gouvernement. Le premier entend « renforcer le dialogue avec les familles ». Des cellules d’écoute et « de réponse » sont désormais en place au 0 805 805 110 (numéro vert gratuit), qui renvoie vers des intervenants départementaux, plus en phase avec le terrain. Le ministère observe d’ailleurs une « baisse significative des appels » même s’il consent que « certains problèmes demeurent ». Des entretiens d’accueil sont également organisés avec l’équipe pédagogique et, depuis trois ans, les parents peuvent rencontrer l’AESH de leur enfant en début d’année. Enfin, une commission spécifique départementale est chargée de proposer une affectation aux élèves handicapés sans solution de scolarisation. Rappelons que, désormais, les notifications MDPH ne sont plus valables un an mais pour chaque cycle scolaire. En matière d’examen, afin de ne pas avoir à solliciter à nouveau un avis médical pour les élèves à besoins particuliers, les demandes d’aménagement des épreuves (temps majoré, temps de pause, adaptations d’épreuve, aide humaine…) sont simplifiées avec un formulaire unique.

L’accueil des enfants autistes

En deuxième lieu, l’Education nationale promet des « parcours de scolarisation toujours plus personnalisés ». Dans le cadre de la stratégie autisme, 101 postes de professeurs ressources TSA (troubles du spectre de l’autisme) ont ainsi été créés sur tout le territoire pour accompagner les professeurs et les personnels afin de mieux inclure les élèves autistes. Le déploiement des unités d’enseignement autisme en maternelle et en élémentaire se poursuit : 115 UEMA et 90 UEEA ont ouvert depuis 2017, 85 nouvelles classes TSA sont prévues pour la rentrée 2021 (+ 227 depuis 2017) et un objectif de 380 dispositifs est visé en 2022. 1 300 Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire) ont également été créées.

PIAL, au cœur des débats

Quant aux PIAL (pôles inclusifs d’accompagnement localisé), mis en place en 2019, ils seront déployés dans toute la France à la rentrée 2021. Proposant de répartir les AESH en fonction des besoins et des emplois du temps des élèves, ils sont loin de faire l’unanimité, plusieurs associations réclamant leur refonte (à taille plus humaine), voire leur suppression. Si l’Apajh appelle à leur « généralisation », une intersyndicale de l’Hérault les définit, au contraire, comme une « machine à détériorer la qualité de l’accompagnement ». Ces aides mutualisées auraient « considérablement dégradé leurs conditions de travail », obligeant les AESH à « accompagner de plus en plus d’élèves sur un territoire géographique étendu », tandis que ces enfants « bénéficient de moins d’heures d’aide humaine », selon Sud Education. Jean-Michel Blanquer veut rassurer : « Le but n’est pas de faire des économies mais de mieux utiliser les moyens » et, « même si certaines familles ont le sentiment d’avoir moins d’heures, la tendance globale s’est améliorée » car, selon lui, l’AESH individualisée « n’est pas la réponse à tout ». Il assure que, lors du comité de pilotage, les associations représentatives ont admis qu’il y avait eu des « avancées », même si Sophie Cluzel consent que ces dispositifs « fonctionnent à flux tendu, ce qui nécessite une amélioration ». « Il y en a de meilleurs que d’autres, reconnaît à son tour le ministre, donc pas question de fanfaronner ». 

Selon Jean-Michel Blanquer, ces pôles ont également apporté « de réels progrès en permettant aux professionnels du médico-social d’être présents dans l’école ». « Des mondes qui, jusqu’à maintenant, ne se connaissaient pas », selon Sophie Cluzel, qui assure « faire travailler des administrations ensemble ». Deux fois par an, des réunions sont organisées entre les rectorats et les ARS (agences régionales de santé) mais la ministre estime que cette coopération  « a besoin d’infuser davantage dans les territoires».

La formation des enseignants

Le troisième axe promet une « formation soutenue des personnels », soit 25 heures sur le thème de l’école inclusive pour les nouveaux professeurs à compter de la rentrée 2021. Et pour ceux déjà en poste qui n’ont pas été formés aux particularités du handicap et ne sont pas toujours en mesure d’identifier ces élèves, notamment dans le champ des dys ? La démarche reste volontaire alors que certaines associations voudraient imposer une formation obligatoire. Ils peuvent demander des stages dédiés, tout en s’appuyant sur le site Cap école inclusive (accessible à tous) qui propose, en auto-formation, de nombreuses ressources pédagogiques, ou encore consulter Eduscol ou les sites académiques. Le Cappei (certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’école inclusive) a également récemment vu le jour. Quant au réseau Canopé, il propose un module renforcé de formation sur le handicap à distance. 

En cas de doute sur un élève, les enseignants peuvent solliciter l’expertise des EMAS qui interviennent même en l’absence de notifications MDPH mais avec l’accord des parents. Pour le moment au nombre de 65, ces « équipes mobiles d’appui à la scolarisation » devraient atteindre 165 à la rentrée 2021. Leur tout nouveau cahier des charges a été publié le 9 juillet 2021.

AESH, le parent toujours pauvre ?

Quant aux AESH, ils sont souvent au cœur des débats. L’amélioration de leurs conditions de travail n’a pas suffi à apaiser la grogne puisqu’en 2021, ils sont descendus à deux reprises dans la rue. Ils bénéficient désormais de 60h de formation. 4 000 nouveaux postes seront créés à la rentrée 2021. Il y avait 63 000 contrats aidés en 2017, il y a, en 2021, 125 000 CDD avec possibilité de les transformer en CDI au bout de six ans. Mais seuls 5 % sont en CDI pour le moment. Selon Jean-Michel Blanquer, « on est passé de l’époque où on brassait les contrats aidés à l’aveugle à une politique RH qualitative » : plus d’AESH, un statut d’agent de l’Education nationale (avec même un mail officiel), plus de perspectives de carrière, des formations… qui concurrent à une « politique de reconnaissance », selon lui.  Il admet néanmoins que « des progrès restent à faire ». L’enjeu futur, « pour renforcer la qualité de vie», sera la « question du pouvoir d’achat », la moyenne des salaires étant autour de 700 euros par mois pour un mi-temps. C’est aussi l’objectif des PIAL, « mieux utiliser le temps de présence pour leur offrir un plein temps » ; depuis l’instauration de ces dispositifs, les contrats à temps complet sont passés de 2 à 10 %. Le ministre promet que les premiers effets du Grenelle de l’éducation du 26 mai 2021 porteront « bientôt » sur la rémunération, admettant qu’il y a « encore une marge de progrès ». Le gouvernement prévoit ainsi une enveloppe de 40 à 60 millions d’euros en 2022 pour revaloriser leur salaire, soit entre 27 et 41 euros de plus par mois.

Du côté des parents et des associations, ils sont encore nombreux à déplorer la baisse du nombre d’heures d’accompagnement, le fait que les notifications MDPH ne soient pas toujours respectées et des disparités selon les départements. « On peut saluer l’effort inédit mais la scolarisation reste encore un leurre pour des enfants handicapés », remarque Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps, qui contraint certains à faire des rentrées décalées.

D’autres mesures à venir…

• D’autres chantiers sont en cours, notamment l’évaluation de la politique inclusive de chaque établissement, « certains étant plus engagés que d’autres » consent le ministre. Il entend également faciliter l’accueil des jeunes en situation de handicap dans le dispositif des « colonies apprenantes ». Enfin, il promet, dans le cadre de la lutte contre le harcèlement scolaire, d’être « plus attentif aux élèves en situation de handicap » qui en sont pleinement victimes. Des mesures sont également prises en faveur des jeunes sourds, en misant sur la scolarité bilingue et en favorisant les temps partagés avec les élèves entendants. 

• Une meilleure scolarisation des enfants en situation de polyhandicap grâce au développement d’unités d’enseignement adaptées : trois en 2020, cinq en 2021. Objectif ? Atteindre au moins une UEEP par académie en 2023. 

• Extension de l’attribution de bourses pour prendre en charge les AESH à tous les élèves français en situation de handicap, sans condition de ressources (actuellement réservée aux seuls élèves boursiers), scolarisés dans un établissement du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Cette mesure sera effective dès la rentrée scolaire 2021- 2022 pour le rythme nord et en 2022 pour le rythme sud.

• Le « livret de parcours inclusif » constitue une sorte de « sac à dos des adaptations », selon Sophie Cluzel. Il regroupe l’ensemble des aménagements pédagogiques nécessaires pour un élève, permettant un meilleur partage de l’information entre les professionnels (médico-sociaux, scolaires…) et les familles. Il est déployé dans 18 départements avant sa généralisation en janvier 2022.

• A la rentrée, 1 500 postes en équivalent temps plein sont prévus au lycée pour permettre aux élèves, notamment ceux en situation de handicap, qui ont pâti du confinement de rattraper leur retard via un soutien en petits groupes. 

• Le Plan France relance, mis en place dans le cadre de la crise sanitaire, devrait débloquer des budgets pour améliorer l’école inclusive, notamment pour l’adaptation des établissements (salle de repos…) avec un objectif de « qualité et de bien-être ». 

• Dernier point, la vaccination obligatoire du personnel et des élèves n’est pas à l’ordre du jour, selon Jean-Michel Blanquer, même si « le débat n’est pas fermé », notamment pour éviter les fermetures de classes à la rentrée. L’Education mène une campagne pour encourager la vaccination des 12-18 ans mais il est encore trop tôt pour avoir les remontées.

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